Le premier jour du reste de notre vie

Notre rencontre (Partie 1)

Je viens écrire cette lettre pour toi, ma marmotte, mon amour, ma vie. J’avais envie de te parler ces derniers jours, comme si tu étais adulte. Avoir un discours qu’on pourrait avoir dans 20 ans. Pourquoi le faire via un billet de blog ? Sans doute la peur d’oublier des détails, des anecdotes, la peur de ne plus pouvoir le faire dans 20 ans peut être aussi.

A cette époque, je travaillais dans le développement web (dans 20 ans ce sera peut être dépassé) pour une petite société landaise. Je travaillais depuis l’appartement que nous habitions ta maman et moi. Elle venait de terminer, quelques semaines auparavant, une formation dans le secrétariat. Ce ventre qui grandissait nous attendrissait quotidiennement.

Tu en avais fait baver à ta maman au tout début, elle avait perdu 5kg en 3 mois (passant de 49 à 44kg… Elle monta à 68kg en fin de grossesse,  je crois). Mais par la suite, tout était magique. Te voir aux échographies, participer aux cours de préparation à l’accouchement. Dans ces cours je me souviens d’une question de ta maman concernant la perte des eaux. La sage femme nous expliqua que ça n’était pas comme dans les films, le « jet » était souvent très léger, c’est un détail important pour la suite. Et tu sais quoi ? J’étais le seul papa à avoir participé à tous les cours… bon ok, tous sauf un, à cause d’un déplacement sur Paris pour le boulot. En parlant de ça… Le jour où ta maman m’avait déposé à la gare, étant bien enceinte de 7-8 mois, quand le train est parti, je me suis rendu compte que j’avais les clés de la voiture et de l’appartement dans ma poche… Elle était déjà en pleur parce que je partais une semaine, mais en plus de ça… elle ne pouvait pas rentrer à l’appartement. Heureusement, ton tonton travaillant à la SCNF était dans une gare où mon train passait et aura pu récupérer le trousseau de clés. Bref revenons à toi, ma marmotte !

L’accouchement était prévu le dimanche 8 février 2009. Le gynécologue de ta maman nous avait dit que, tu serais un petit bébé car tu arriverais tôt… finalement il n’en était rien. Je pensais te voir arriver dans le week-end du 7-8 février, je m’étais donc arrangé avec mon patron afin de terminer la semaine  précédente et attaquer mon congé parental en suivant. Le jeudi 5 février je voulais avancer un maximum, pour dégager un peu de mon temps du vendredi. Le jeudi en début de soirée, une « fausse alerte » nous emmena à faire un tour à l’hôpital, on rencontrait pour la première fois un monsieur fatigué, qui avait passé sa journée à côté de sa femme qui accouchait (nous étions loin de nous douter qu’il deviendrait un voisin, un ami). Une sage femme nous disait que ça n’était pas pour encore… Nous rentrions à la maison et je décidais de bosser un maximum dans la soirée. Je me souviens m’être couché après 2h…

Un bruit, un mouvement de panique, un « Oh putain, oh putain, non, pas le lit ». J’ouvrais les yeux, il était 4h55 et je comprenais que la journée serait longue. Ta mère se leva et j’entendais au même moment une « flaque d’eau » s’écraser violement sur le sol. J’allumais la lumière et nous nous regardions. Ta mère étais à la fois gênée, stressée et heureuse. Nous avions une pensée commune « Pas comme dans les films, mon œil oui ». Je proposais à ta mère d’aller prendre une douche comme on nous l’avait conseillé pendant les cours de préparation. Je nettoyais un peu la chambre et récupérais les affaires prêtent pour le départ. La route nous l’avions faite plusieurs fois, évitant des trous, roulant calmement, des simulations… Ce jour là, je roulais « vite », je passais dans tous les trous… je stressais un peu il faut croire. Arrivant aux urgences, un pompier nous proposa un fauteuil roulant, que ta mère refusa, et il nous emmena par un « raccourci de service ». Nous n’avions jamais mis autant de temps pour arriver jusqu’au service…

Nous étions dans une petite chambre en attendant l’entrée en salle de travail. Nous apprenions qu’un homme serait la sage-femme. Rien de dérangeant pour nous. Il serait même épaulé par un second homme. Notre état était… bizarre. Stress, impatience, joie, peur (ta mère avait une peur bleue des épisiotomies)… Vers 8h on rentrait en salle de travail. Une sage-femme m’accompagna pour chercher tes vêtements et les placer bien au chaud, dans la salle de travail, en attendant ta venue. La douleur se faisait de plus en plus forte, vers 9h, on attendait l’anesthésiste… toutes les 5 minutes on nous annonçait qu’ELLE allait arriver. On me proposa de “gazer“ ta maman, je devais lui tenir un masque au dessus de la bouche, au bout de quelques minutes elle n’arrivait plus à répondre aux questions, assez drôle comme situation. On apprendra par la suite qu’elle sentait la douleur mais n’arrivait pas à nous dire que ça ne l’aidait pas. Ta maman avait de plus en plus de mal à supporter la douleur, vers 10h30 arrivait enfin un anesthésiste, un homme. On me demandait de sortir le temps de la pose de la péridurale. Pendant ce temps je prévenais tes deux mamies, marraine et quelques amis par téléphone ou SMS. Juste avant de revenir dans la salle, je croisais UNE anesthésiste qui venait poser aussi la péridurale… bon avec 1h30 de “retard“. En entrant dans la salle, on m’annonçait qu’à partir de maintenant, tout se passerait rapidement que tu étais vraiment prête à montrer le bout de ton nez. Je tenais la main de ta mère ou lui caressait le bras, essayant de la détendre un peu, lui montrant que j’étais là pour elle. Il se trouvait que la péridurale ne faisait effet que d’un côté… du coup ta mère devait se tourner sur le côté afin de pouvoir moins sentir la douleur. On lui rajouta une petite dose d’anesthésie via la péridurale… du coup elle ne sentait plus rien du tout ! Il n’était plus possible de pousser. On a attendu jusqu’à 14h pour qu’elle puisse retrouver quelques sensations. Tout s’accéléré, tu voulais sortir ! Il ne restait plus « qu’une poussée »… mais… tu ne sortais pas. Je voyais les regards des deux hommes qui se disaient “il faut qu’elle sorte rapidement maintenant“. Et voilà qu’ils se placèrent, un avait pris un ciseau, je pensais de suite à l’épisiotomie mais je préférais continuer de tenir la main de ta maman et ne pas lui faire peur. L’autre se plaçait les deux bras contre le ventre, et s’apprêtait à basculer tout son poids pour t’aider à sortir. La manœuvre était impressionnante, un mouvement de main pour l’un, et l’autre qui… ouhaou… écrasa son ventre si fort que… tu étais dehors !!! Ta mère hurla à ce moment là, mais elle fut délivrée et savait qu’elle pourrait enfin te voir. Je te voyais pour la première fois, si grande, si belle. On me demanda de couper le cordon, ce que je fis d’un coup de ciseau, enfin… de deux plus précisément, il restait quelques millimètres à couper après le premier coup (désolé pour les détails).

Dans nos têtes tu devais être un tout petit bébé, le gynéco nous l’avait dit… oui, un petit bébé qui arriverait avant terme… et en fait tu étais immense. Tu étais grande et belle et j’allais vivre le moment qui resterait à jamais marqué en ma mémoire, ton premier regard pour ta maman. Il était si intense, tu ne voyais qu’elle, tu ne voulais qu’elle. On te déposa sur son ventre et tu rampas, non pas jusqu’à son sein, mais bien plus haut, en dessous de sa tête afin de poser la tienne dans le creux de son cou. Je te laissais vivre ce moment et je réalisais réellement, je suis ton papa.

… A suivre

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Sep11

11 réponses à “Le premier jour du reste de notre vie”

  1. Je lis le récit de cette magnifique rencontre avec ton petit ange et je ne peux m’empêcher de relever le fait que le personnel médical a torturé sa maman ! j’ai moi aussi été victime de cette pratique, soit dit en passant interdite, et je ne peux m’empêcher de la plaindre, si elle a hurlé c’est parce que c’est comme si on te plantait un poignard dans le ventre (et encore elle avait une péridurale !) et elle et ta fille ont eu de la chance de ne pas avoir de séquelles que ce n’est pas toujours le cas … Désolée je plombe l’ambiance mais ces trucs là ça me retourne l’estomac …

  2. Oui ce n’était pas si simple à vivre. (je tente de rester sur une note légère et atténuer les mauvais côtés). J’expliquerai dans un autre article la suite de notre séjour à la maternité. Mais s’ils ont fait ça il y avait « une raison ». Marmotte avait apparemment son rythme cardiaque qui descendait… enfin il y a eut un souci à ce niveau là, mais nous ne l’avons su que quelques mois plus tard, par un médecin. Du coup, ils ont peut être aidé ma fille par ce geste. Je ne sais pas trop quoi en penser. En tout cas merci pour ton commentaire.

  3. Tout est bien qui finit bien! Merci pour ton récit, certes impressionnant mais véridique. Moi ça ne me choque pas. C’est la réalité sans fard. Oui il il a de la beauté dans une naissance même dans la douleur 😉

  4. c’est super beau 🙂

  5. sublime !

  6. c’est beau, c’est ce que je retiens au-delà de la douleur, elle sera heureuse de lire le récit de votre rencontre 🙂

  7. Un tres beau recit, j’ai hate de lire la suite!

  8. Magnifique !!

  9. c’est tres beau !!!

  10. c’est juste super touchant… Et c’est intéressant de voir avec tes yeux de papa 🙂 on parle toujours de l’amour des mamans pour leurs enfants mais celui des papas est aussi fort!

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